Mis à jour À la une Crème contour des yeux : que valent les essais publiés ?

Acné et imperfections

Imperfections : que valent les actifs en crème, selon la revue Cochrane ?

Une revue Cochrane de 49 essais compare six actifs appliqués sur la peau, et les écarts entre eux sont minces. Voici ce qu’elle permet de dire pour ta routine, et quand demander l’avis d’un dermatologue.

Schéma : quatre étapes pour lire la revue Cochrane sur les actifs contre les imperfections, des essais à la consultation chez le dermatologue
Schéma Routine SkinCare

Un bouton, puis trois, puis ta salle de bain qui se remplit d’actifs : l’envie d’en cumuler est normale. Les essais cliniques, eux, disent surtout une chose : peu d’actifs ont été testés sérieusement, et les écarts entre eux sont souvent minces. Voici ce que la revue la plus complète sur le sujet permet d’affirmer, et ce qu’elle ne permet pas.

Une revue Cochrane, 49 essais, 3 880 personnes

En 2020, une équipe chinoise et allemande a publié dans le Journal of Evidence-Based Medicine la version abrégée d’une revue systématique Cochrane. Les auteurs (Liu, Yu, Xia, Liu, Liu, Sang et Peinemann) ont cherché dans les bases de données jusqu’en mai 2019 tous les essais contrôlés randomisés portant sur six produits appliqués sur la peau : l’acide azélaïque, l’acide salicylique, la nicotinamide (le niacinamide des étiquettes), le soufre, le zinc et les acides de fruits (alpha-hydroxy-acides). Au total, 49 essais et 3 880 participants.

Le résumé ne précise ni financement ni conflits d’intérêts. Les auteurs écrivent eux-mêmes que le risque de biais et l’imprécision limitent leur confiance dans les résultats.

Comment lire ces résultats sans les surinterpréter

Trois précautions s’imposent. D’abord, le critère est subjectif : ce sont les participants qui jugent leur amélioration, pas un comptage de lésions par un tiers. Ensuite, une revue systématique regroupe des essais très différents (durées, concentrations, formes galéniques), ce qui explique des intervalles de confiance larges. Enfin, comparer un actif à un autre ne dit rien de ce qu’il ferait seul dans une routine : un « peu ou pas de différence » veut dire que les deux se valent dans ces essais, pas que les deux sont efficaces pour toi.

Ce que disent les chiffres

Le critère retenu est l’amélioration jugée par les participants eux-mêmes. Les comparaisons sont des rapports de risque : 1 signifie « pas de différence », en dessous de 1, le premier produit fait moins bien que le second.

  • Acide azélaïque contre peroxyde de benzoyle : 0,82 (intervalle de confiance à 95 % de 0,72 à 0,95). L’acide azélaïque fait probablement un peu moins bien.
  • Acide azélaïque contre trétinoïne : 0,94 (0,78 à 1,14). Peu ou pas de différence.
  • Acide salicylique contre trétinoïne : 1,00 (0,92 à 1,09). Peu ou pas de différence.
  • Acide glycolique contre acide salicylique-mandélique : 1,06 (0,88 à 1,26). Peu ou pas de différence.
  • Nicotinamide : aucune étude ne mesurait ce critère. Pour le soufre et le zinc, les auteurs parlent d’incertitude.
Rapports de risque, amélioration jugée par les participantsAcide azélaïque face au peroxyde de benzoyle0,82Acide azélaïque face à la trétinoïne0,94Acide salicylique face à la trétinoïne1,00Acide glycolique face à l'acide salicylique-mandélique1,061 = aucune différence entre les deux produits
Schéma Routine SkinCare : rapports de risque tirés du résumé de la revue Cochrane de Liu et al. (J Evid Based Med, 2020). Une barre à 1 signale peu ou pas de différence.

La qualité des preuves est modérée pour l’acide azélaïque et basse à très basse pour les autres. Les effets indésirables rapportés sont toujours légers et passagers.

Ce que ça change dans ta routine

Aucun actif ne gagne la partie à lui seul

Les écarts entre l’acide salicylique, l’acide glycolique et les comparateurs sont faibles ou incertains. Choisir un actif, c’est donc choisir celui que ta peau supporte et que tu appliqueras régulièrement, pas celui qui « gagne ». Pour comprendre ce que fait le premier dans une routine du soir, relis l’article sur l’acide salicylique.

Un à la fois, et du temps

L’American Academy of Dermatology rappelle que multiplier les nouveautés peut irriter la peau et provoquer des poussées, et qu’il faut plusieurs semaines à quelques mois pour juger un produit. Elle déconseille aussi les astringents, tonifiants et exfoliants quand la peau est déjà irritée, car ils dessèchent. Teste donc chaque produit seul, avec la méthode des 7 à 10 jours.

Les gestes qui comptent

Selon l’AAD, il s’agit de se laver le visage une à deux fois par jour avec un nettoyant doux et sans alcool, appliqué du bout des doigts, de ne pas pincer ni percer les boutons (cela laisse davantage de marques), et d’appliquer un écran solaire d’indice 30 ou plus portant la mention « non comédogène ». Le détail du choix de l’indice est dans l’article sur le SPF 30 ou 50, et celui du lavage dans l’article sur le nettoyant visage.

Quand passer la main

Les essais de la revue testent des préparations dosées, et leur résumé ne donne pas les concentrations : on ne peut pas en déduire qu’une crème cosmétique fait pareil. Si tes imperfections durent malgré une routine douce, s’aggravent, deviennent douloureuses ou laissent des marques, parles-en à un dermatologue : c’est lui qui évalue l’état de ta peau et propose la suite. La fiche de l’acide azélaïque détaille ce que CosIng en dit.

À retenir

  • La revue Cochrane montre peu de différences nettes entre les actifs comparés.
  • Les preuves sont de qualité modérée à très basse selon l’actif.
  • Une routine simple, un produit nouveau à la fois, vaut mieux qu’un cumul.

Sources : Liu H., Yu H., Xia J., Liu L., Liu G., Sang H., Peinemann F., « Evidence-based topical treatments (azelaic acid, salicylic acid, nicotinamide, sulfur, zinc, and fruit acid) for acne: an abridged version of a Cochrane systematic review », J Evid Based Med, 2020 ; American Academy of Dermatology, « Acne: Tips for managing », dernière mise à jour en novembre 2022.